• Pauline Gauer

COVID-19 : la détresse des infirmiers face à la pandémie

2020, et une envie de nouer des collaborations de long terme avec des équipes indépendantes, jeunes et passionnées par la culture sous toutes ses formes. Cet article est publié dans le cadre d’une collaboration journalistique entre Samouraï Coop et Première Pluie, un média jeune et associatif dont Pauline, qui a intégré Samouraï en février dernier, est la co-fondatrice. Cela fait deux ans qu’ils écrivent, filment et photographient le monde et la culture afin d’amener une image jeune au journalisme. Chaque semaine, Pauline publiera un article culturel spécial, à retrouver sur Samouraï News et sur Première Pluie.

En cette troisième semaine de confinement en France, le bilan des cas confirmés de Coronavirus ne cesse d’augmenter. Pourtant, nos soignants se démènent, chaque jour un peu plus, dans la lutte contre la maladie. Et les témoignages affluent : pénurie d’équipements de protection, et des soignantes qui travaillent sans masque, en risquant leur vie pour en sauver d’autres ; des soignants fatigués, overbookés, à bout, mais qui ne peuvent pas baisser les bras. Ils font face à la détresse des patients, et à l’ignorance et l’indifférence de ceux qui ne voient pas la menace. Chaque jour, il y a la crainte de contaminer ses proches en rentrant à la maison; la crainte d’être contaminé aussi, lorsque l’on possède un système immunitaire plus faible. Et quelquefois, les soignants font face à un sentiment d’abandon de la part du gouvernement.


Depuis peu, la population semble enfin comprendre la gravité de la situation et l’importance de rester confinée. Une véritable solidarité naît, permettant aux soignants de bénéficier de plus de matériel de protection, de faciliter leurs trajets, et de se sentir soutenus. Dernièrement, un avion en provenance de Chine a atterri à Paris, transportant 100 tonnes de matériel médical, dont 5,5 millions de masques de protection. C’est le premier vol d’une longue série de renforts que la France attendait avec impatience. En effet le pays ne produit que 8 millions de masques par semaine, pour une demande minimale de 40 millions de masques par semaine.


Il nous était important de comprendre la détresse de ces soignants, et de leur donner la parole. Nous avons alors rencontré trois infirmiers, Elodie, Florence et Seydou, qui nous ont offert leur témoignage.


Elodie est infirmière diplômée d'État depuis juillet 2014, à Paris. Elle fait face à une grande fatigue émotionnelle, et a créé dernièrement la page Facebook Reste Soignant.



Quelle est la situation concrète due à l’épidémie de Coronavirus dans l’établissement où vous travaillez ?


Actuellement, dans mon hôpital, le service de réanimation a totalement été réaménagé. Sa capacité habituelle est de 20 patients, en plus des salles de réveil où habituellement nous n’accueillons que des patients post-opératoire à hauteur de 30 patients. Tout a été repensé pour n’accueillir que des patients CoVid-19 : 140 à ce jour (30 mars). Pour ce qui en est des autres services, eux aussi n’ont majoritairement que des personnes porteuses du virus. Ces services dits traditionnels sont divisés en deux : d’un côté, les patients infectés, de l’autre, les pathologies “courantes” qui sont “laissées pour compte”. En effet, il y a beaucoup d’interventions chirurgicales reprogrammées, de consultations annulées. L’hôpital est incapable de continuer à fonctionner “normalement” en plus des malades du CoVid-19 qui se font chaque jour plus nombreux, et du personnel qui était déjà manquant avant cette crise sanitaire. “Ce n’est pas le moment de faire une appendicite” dixit un chirurgien.


Quelles consignes vous ont été données ?


Les consignes sont les mêmes pour tous : masques et en plus une charlotte pour les cheveux, depuis la semaine dernière pour ce dernier élément. Le lavage de main est comme d’habitude obligatoire à l’hôpital. Pas de test du personnel à part si présence d’au moins deux des symptômes du CoVid-19. On annule toutes les venues de patients jugées non nécessaires.


Combien d’heures travaillez-vous par semaine ? Quelles sont vos conditions de travail ?


Je suis en mi-temps thérapeutique, mes cadres font en sorte de respecter mes horaires : 7h30 / 16h mais avec les imprévus, je fais quelques heures supplémentaires. On ne sait jamais dans quel service nous allons être amenés à travailler. Il y a des changements dans l’organisation des soins, même de nuit. Un côté dit “sain” peut devenir 100% CoVid-19 dans la nuit. On voit des collègues en congés maternité obligées de revenir travailler.


Faites-vous face à des pénuries de matériel ?


Il y a deux semaines, il y avait le manque de masques chirurgicaux, surtout que ces derniers doivent être changés toutes les 4 heures ! On nous distribue des masques P2 pour le personnel en contact direct avec des patients infectés. On utilise aussi des masques en tissus fait par une amie.



Sentez-vous une amélioration au niveau des mesures prises par le gouvernement ? D’une prise de conscience de la population ?


On a l’impression qu’on avance à tâtons. Il y a des réunions de crises dans tous les hôpitaux de l'assistance publique chaque jour. On a conscience que les chiffres sont plus élevés qu’il n’y paraît. On demande à tout le monde de participer à cet “effort de guerre” mais pour nous soignants déjà au bord de la rupture, avec deux grèves majeures sur l’année 2019-2020, on s’est sentis laissés pour compte puis soudainement indispensables, postés au rang de héros sans prendre conscience de nos conditions de travail.


Plus le bilan se fait lourd, plus j’ai l’impression que les gens prennent conscience de la gravité de la situation, que c’est une question de vie ou de mort. Mais il y a encore des joggeurs, des gens qui s’agglutinent dans les supermarchés ! Depuis la semaine dernière, il y a de plus en plus de jeunes infectés dont pour la plupart des jeunes “sportifs”.


Pensez-vous que le peuple français et international comprenne le danger et l’ampleur de la pandémie ?


Je pense qu’en France, les gens commencent vraiment à comprendre. On voit les gens respecter les gestes barrières, c’est une question d’habitude. On fait souvent la comparaison avec la Chine, leur confinement qui vient seulement de prendre fin à l’heure où nous avons encore un système de sorties avec feuilles d’autorisation. En tant que soignants, on se demande si on ne va pas le payer en vies humaines un peu plus tard.


A savoir que nous n’avons pas encore atteint le pic de l’épidémie en France, puisque les cas ne font qu’augmenter. Il y a un côté morbide : on sent que les gens sont rassurés de se dire qu’il y a plus de morts ailleurs. Les médecins, lors d’une des réunions de crise de la semaine dernière, disaient que la France a l’état d’esprit de l’Italie il y a dix jours.


Votre rôle, c’est aussi de rassurer les gens ?


L’un des rôles propre des infirmiers est de prendre soin, et cela passe par la communication. C’est même écrit dans le code de la santé publique. On appelle beaucoup les familles. On rassure au mieux les personnes infectées. Mon chef de service est réquisitionné pour appeler chaque jour les familles des personnes infectées d’un service voisin.


Quel est votre état de santé à l’heure actuelle ?


J’ai une grande fatigue émotionnelle. Je ne connais pas un seul membre du personnel qui dorme bien depuis le début de l’épidémie.


Vous avez créé une page Facebook et une page Instagram, Reste Soignant. En quoi ça consiste ?


La page Facebook et le compte Instagram avaient en première intention le but de faire comprendre à des amies infirmières que leurs peurs n’étaient pas anormales, que d’autres soignants se sentaient démunis face à la situation sanitaire.

Par la suite, nous nous sommes dit qu’il fallait que les témoignages soient aussi là pour la post-crise, que nos responsables, nos dirigeants se souviennent, sachent dans quelles conditions nous avons travaillé, avec la charge émotionnelle qui va avec.

Florence est infirmière diplômée d’état à domicile dans le département 64, qui n’est pour l’instant “pas trop touché.”



Quelle est la situation concrète due à l’épidémie de Coronavirus dans l’établissement où vous travaillez ?


C’est un cabinet, où nous sommes six infirmières à travailler dont trois qui travaillent par jour. Au niveau du cabinet, on a changé notre organisation au niveau de l’accueil, parce que le matin on fait des prises de sang. Donc là, la première demie-heure, on reçoit les patients qui n’ont pas de fièvre, puis on laisse une pause d’un quart d’heure pour nettoyer et désinfecter. Ensuite, on reçoit pendant une demi-heure ceux qui ont de la fièvre. Pour l’instant, on en a pas reçu.


Dans la salle d’attente, on a mis des consignes à l’entrée, des affiches où on met qu’il faut se désinfecter les mains avec du gel quand ils arrivent et quand ils repartent. Ensuite, on leur avait mis un petit mot où on leur disait de ne rentrer qu’une personne à la fois dans la salle d’attente, sinon ils doivent attendre dehors. J’arrive avant-hier, je rentre et on a des portes vitrées, donc on peut voir à travers, et là, il y avait deux personnes assises sur le banc côte à côte. Je leur ai demandé ce qu’ils faisaient là et s’ils avaient lu l’affiche. Personne n’avait lu, j’étais un peu agacée. Et l’homme qui était arrivé en premier n’avait pas osé dire à la deuxième personne de ne pas rentrer. Cette deuxième personne, qui a un cancer du poumon, se sentait à moitié concernée. Voilà un exemple de ce que l’on voit tous les jours.


Quelles consignes vous ont été données ?


Nous, on a aucune consigne. C’est à nous d’aller les rechercher sur internet. C’est à nous de prendre les choses en mains. On essaie de communiquer avec les médecins traitants, d’échanger un peu. C’est bien, il y en a qui sont réceptifs, d’autres pas. Il y en a qui ne se sentent pas trop concernés encore, mais je pense que ça va venir.


Combien d’heures travaillez-vous par semaine. Quelles sont vos conditions de travail ?


Moi normalement, je travaille à peu près 60 heures par semaine, voire 65 heures. Et là, les patients chez qui la famille était présente, ont fait participer la famille, donc on a pu éviter d’aller chez ces patients pour ne pas les contaminer. Donc là, on arrive à faire à peu près 47 heures par semaine, pour l’instant, vu qu’on a pas encore de contaminés. Ils le sont peut-être mais on ne le sait toujours pas.


Faites-vous face à des pénuries de matériel ?


Pour nous le matériel, c’est vrai que c’est un petit peu compliqué. On essaie justement comme c’est calme de récupérer du matériel à droite à gauche. On fait des appels sur Facebook, on appelle certains artisans mais c’est pas facile. Mes enfants je les ai fait participer. Jean, un de mes fils, comme il avait des amis dans le secteur, il a contacté les copains. Et là je vais aller récupérer, pas grand chose, deux lunettes de protections, quelques masques. Vous voyez, pour nous c’est important, j’ai pu récupérer 70 masques P2. Ceux-là, c’est ceux qui nous protègent donc ça c’est bien. Mais vous voyez, on en a 70, donc pour l’instant, on ne les utilise pas, on les met de côté au cas où, si on a des contaminés à soigner.


Par exemple on a du gel désinfectant. On a 5 litres de côté mais après, on ne sait pas où on va pouvoir s’en fournir pour l’instant. Des masques, il y a une semaine on en avait pas, donc on se débrouillait comme on pouvait. Et là, on a reçu une boîte de 50 masques chirurgicaux, donc les P1 qui ne te protègent pas. On a reçu une boîte chacune. Les gants, pour l’instant il n’y a pas de pénuries. Par contre, si on doit traiter un patient, on a pas de blouses de protection, on a pas de lunettes, on a pas de masques P2, à part ce qu’on a récolté. Si on doit aller soigner des personnes atteintes, on est pas du tout équipées au niveau de la protection. Les masques P2, notre stock ne va pas durer dans le temps. On essaie de stocker.


"Là, ce sont des masques doublés coton fait par la couturière du village, au cas où. C'est pas vraiment efficace mais psychologiquement c'est rassurant."


Sentez-vous une amélioration au niveau des mesures prises par le gouvernement ? D’une prise de conscience de la population ?


On ne voit rien venir. Rien du tout. Pour nous, il n’y a pas d’évolution. C’est vrai qu’on est pas concernées encore, alors peut-être qu’ils ciblent plutôt ceux qui ont beaucoup de travail. Après, sur les sites, on a la CPAM qui nous envoie de temps en temps des petits consignes, mais là pour l’instant, pour les infirmières, il n’y a rien de particulier. Les médecins commencent à recevoir quelques consignes.


Pensez-vous que le peuple français et international comprenne le danger et l’ampleur de la pandémie ?


Chez nous, c’est très très compliqué. Pour moi, dans l’ensemble, les gens ne se sentent pas du tout concernés. Ils ont l’impression qu’ils sont à la campagne et qu’ils sont protégés, qu’il n’y a pas de cas donc tout va bien pour eux. Donc ça c’est vraiment compliqué. Alors, ça vient un peu, ça commence avec le temps. Comme on rabâche, ça commence à rentrer. Mais ça fait quand même 10 jours qu’on est confinés à peu près, et les gens continuent à circuler. Ils vont chercher leur pain tous les jours. Ils vont faire leurs courses tous les deux jours. C’est compliqué.


Les gens ont l’impression qu’ils ne vont pas être malade. Par exemple, ça fait trois semaines que je mets un masque, que je garde des fois deux ou trois jours. Je le mets au soleil quand j’ai fini ma tournée, je le laisse dans la voiture et le lendemain matin je le reporte. Quand ils m’ont vu il y a trois semaines déjà, il y a presque un mois, ça les faisaient rire. Après, je leur expliquais que c’était pour les protéger, ce qu’ils ne comprennent pas. Je leur ai dit que je n’étais pas malade normalement, et que pour l’instant c’est au cas où. Ils ne comprennent pas ça, pour eux au départ si je le mettais, c’est parce que j’étais malade.


Maintenant, certains demandent à avoir des masques, ils demandent pourquoi ils n’en ont pas. Je leur dis que déjà les soignants, on en a pas. On va essayer d’en trouver d’abord pour le corps médical, pour ne pas les contaminer. Eux, ils sont censés rester chez eux, ne pas sortir.


Votre rôle, c’est aussi de rassurer les gens ?


Mon rôle, il est beaucoup au niveau de l’éducation, quand j’ai le temps. je rabâche toujours les mêmes choses. J’essaie de trouver des formules qui les marquent, qui les choquent. Des fois, j’essaie presque de les vexer. J’essaie d’être un peu plus dure que d’habitude, un peu plus froide, pour que le message passe. Par exemple, là où je travaille il y a à peu près 1200 habitants. Pour les sensibiliser, je leur dis “on va prendre le cas de 3% de décès, on est 1200, donc il faut vous imaginer que sur les 1200, il va avoir à peu près 40 personnes qui vont mourir”. Et ça, comme ils se connaissent à peu près tous, ça les perturbe un peu. Il faut trouver des discours qui les choquent. La télé, ils la regardent, mais je ne sais pas s’ils captent vraiment.


Quand je vais les voir, je leur pose des questions. Je leur demande s’ils sont sortis faire les courses aujourd’hui. Je leur dis que l’idéal, c’est de faire ses courses une fois par semaine, voire même tous les 15 jours. Parfois, il y a des réponses que l’on ne sait pas comment aborder. Une femme m’a dit : “Moi je ne peux pas me permettre d’aller faire les courses toutes les deux semaines, je n’ai pas assez d’argent.” Certains sortent des arguments qui n’ont ni queue ni tête.


Mon voisin est cardiaque, c’est un sujet à risque. On se voit dans le jardin et je lui dis “J’ai vu que tu prenais la voiture tous les matins, qu’est-ce que tu fais ?”. Et il m’a répondu “Ah oui, je vais chercher mon pain tous les matins.” Je lui ai dit qu’il faisait partie des cas à risque et il m’a répondu : “Oh, ils font chier. La grippe, elle a tué 50 000 personnes. On est pas encore à 50 000.” Je lui ai demandé si quand il y avait la grippe, les hôpitaux dans l’Est étaient débordés comme ils le sont. Il s’est braqué et il est parti.


Je vois des gens qui vont tous les jours au bureau de tabac, qui vont acheter du pain. J’essaie de leur faire passer de vrais messages. Chez les gens qui ont une vie programmée, avec des habitudes, il y a de l’anxiété qui peut survenir. Certains de ces gens nous appellent pour nous montrer leur soin. Il y a une dame qui a pleuré au téléphone en demandant de l’aide. Je la rappellerai et lui tiendrai un discours plus positif. On doit gérer les gens et leurs peurs, avec les médecins du village. On échange beaucoup. Tout ça doit se mettre en place, mais c’est un peu compliqué.


Notre rôle, jusque là, ce n’était pas de rassurer car la population n’était pas consciente de ce qu’il se passait. Mais maintenant que les gens réalisent, on va peut-être commencer à les rassurer, ça risque d’arriver. Mais il y en a très peu à rassurer dans l’ensemble. Par exemple, je suis allée enlever des points à une dame qui est très stressée. Elle voulait savoir si j’allais venir chez elle, comment ça allait se passer. Pour la rassurer, je lui ai dit que j’allais faire les pansements dehors, comme ça je ne rentrerai pas dans sa maison. Elle avait tout préparé. Quand je suis arrivée, elle avait un bonnet sur la tête, un poncho de montagne contre la pluie, un foulard qui ne laissait apparaître que les yeux. Et comme elle avait la plaie sur le bras, elle avait fait un trou dans la manche du poncho, pour que je puisse soigner à travers le trou. Quand je me suis rapprochée d’elle, elle s’est mise une poche en plastique sur le visage, pour pas que je la contamine. Voilà pour l’anecdote. Quand je suis partie, elle était rassurée parce qu’on avait respecté ses règles.


Moi j’ai eu mon premier cas hier. J’ai dû faire une prise de sang. Le médecin m’a appelé, il était très conciliant. Il m’a demandé d’aller faire une prise de sang sur quelqu’un qui a peut-être le coronavirus. Comme le bilan était normal, il ne faisait pas une pneumopathie comme on pensait, il avait le coronavirus. C’est un jeune de 35 ans, alors on l’a laissé chez lui. Il appellera le médecin si ça ne va pas.


Quel est votre état de santé à l’heure actuelle ?


Moi, je suis en forme. Mais psychologiquement ça prend la tête. Des fois, la nuit on se réveille. On pense à toutes ces règles d’hygiène. On essaie de trouver des solutions donc on a la tête prise avec toute cette histoire. C’est vrai qu’on a pas un sommeil serein, mais pour l’instant ça va. J’essaie d’être positive, d’envoyer des petites blagues aux collègues. On essaie d’avancer, d’être positif. Il faut retenir, pour se remonter le moral, qu’il y a à peu près 98% de personnes qui guérissent.

Seydou est infirmier depuis 2006, diplômé du CHU de Nantes. Il a travaillé dans tous les services (cancérologie, EHPAD, soins intensifs, chirurgie, hôpital à domicile, en entreprise, en recherche clinique, labo, psy, M.A.S,...). Depuis quelques années maintenant, il partage son emploi du temps entre l’activité d’infirmier et les métiers de manager et régisseur de tournée, dans la musique.



Quelle est la situation concrète due à l’épidémie de Coronavirus dans l’établissement où vous travaillez ?


J’ai été retenu par un laboratoire privé avec qui j’avais l’habitude de travailler pour des prélèvements à domicile. Concrètement, depuis une quinzaine de jours, la réorganisation du travail se fait aussi bien dans les laboratoires que dans notre équipe d’infirmiers à domicile. On se réadapte tous les 2 jours, aux nouvelles directives du ministère, aux besoins des patients et EHPAD.


Combien d’heures travaillez-vous par semaine. Quelles sont vos conditions de travail ?


Je travaille en moyenne 35h par semaine. Depuis la semaine dernière, on sent que la charge de travail a augmenté. Et cette semaine, nos sites réduisent leurs heures d’ouverture, et nous, au plateau technique, nous n’accueillons plus que les patients dont le médecin traitant à un doute sur le Coronavirus.


On réalise un prélèvement tous les quarts d’heure. on se relaie avec une collègue. Ca m’arrive également d’en faire à domicile, mais on limite, car il faut travailler avec beaucoup de précautions d’hygiène, et c’est pas toujours très ergonomique chez les gens. D’ailleurs je ne rentre pas, je fais ça sur le pas de leur porte. On improvise, tout en restant bien concentré bien sûr.


Faites-vous face à des pénuries de matériel ?


Evidemment, comme tout le monde. C’est pour ça que je fais appel à tout mon entourage : à la voisine vétérinaire qui a des masques chirurgicaux, à la famille qui connaît des profs en lycée technique pour récupérer des masques P2, aux amis restaurateurs pour récupérer des charlottes. Même les lingettes qu’on utilise avec les collègues, je les ai obtenues via mon réseau perso.


Sentez-vous une amélioration au niveau des mesures prises par le gouvernement ? D’une prise de conscience de la population ?


J’ai l’impression que depuis cette semaine seulement, le discours semble plus entendu. Par contre, je ne comprends toujours pas le discours à demi-mot du gouvernement. Mais je n’ai pas envie de polémiquer maintenant, l’heure est à l’action, à la protection. Il faudra qu’ils s’expliquent, tout comme les médias. Comment se fait-il que je recevais des messages catastrophés de collègues de Paris, en réanimation, quinze jours avant le premier discours du Président ?


Je me revois encore dire à des amis musiciens : le gouvernement découvre que les français sont sales, et qu’il n’y a jamais eu de vraie politique de santé publique en France.


Il ne faut pas s’étonner que ça semble être la mer à boire quand du jour au lendemain on dit aux gens : “lavez-vous les mains !”.


Pensez-vous que le peuple français et international comprenne le danger et l’ampleur de la pandémie ?


Comme je disais, je pense que les “Français” commencent enfin à comprendre. Là où je suis inquiet, c’est pour l’Afrique. Mon seul souhait, c’est que la majorité d’entre nous comprenne et retienne, pour savoir quoi faire de son bulletin de vote à l’avenir. Tout comme j’espère que les mots de solidarités que j’aperçois au bas des immeubles, ne disparaîtront pas dès le confinement fini.


Votre rôle, c’est aussi de rassurer les gens ?


La réassurance, ou l’empathie, ça fait partie intégrante du soin infirmier. On n’a pas attendu cette pandémie pour rassurer nos patients. Je ne cherche pas à les rassurer plus que ça, je m’adapte à chacun d’entre eux, il faut savoir trouver le bon dosage. La semaine dernière encore, je devais insister auprès de patients de 75-80 ans pour ne pas qu’ils sortent.


Quel est votre état de santé à l’heure actuelle ?


Mon état de santé est fluctuant. Difficile de faire la part des choses entre le psy, la fatigue, le virus hivernal basique et les symptômes du Corona. J’arrive toujours à me lever à 5h15, donc je dirais que ça va. D’ailleurs ce n’est pas tellement l’état de santé actuel qui m’inquiète pour la profession, mais comme je le répète autour de moi depuis un mois, je serais curieux de voir le nombre de burn-out qui vont tomber cet été, voire à la rentrée de septembre, quand les équipes infirmières n’auront même pas eu le temps de se remettre du corona et que la canicule va arriver.


L’équipe de Samouraï apporte tout son soutien au personnel soignant.

Pauline Gauer

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