• Pauline Gauer

Des questionnaires en story Instagram pour libérer la parole des victimes de violences sexuelles

2020, et une envie de nouer des collaborations de long terme avec des équipes indépendantes, jeunes et passionnées par la culture sous toutes ses formes. Cet article est publié dans le cadre d’une collaboration journalistique entre Samouraï Coop et Première Pluie, un média jeune et associatif dont Pauline, qui a intégré Samouraï en février dernier, est la co-fondatrice. Cela fait deux ans qu’ils écrivent, filment et photographient le monde et la culture afin d’amener une image jeune au journalisme. Chaque semaine, Pauline publiera un article culturel spécial, à retrouver sur Samouraï News et sur Première Pluie.

La semaine dernière, les deux étudiantes Lolita Augay et Alix Peigné ont publié un questionnaire à remplir sur leur compte Instagram @cochetescases. L’objectif de cette initiative est de permettre à toutes les personnes victimes de violences sexuelles et sexistes de s’exprimer sur les réseaux sociaux, de manière anonyme ou non.


Sur ce questionnaire, les propositions de réponses vont du sifflement dans la rue au viol par un inconnu ou par un proche. Un panel de faits qui nous écoeure, tout autant que de voir les centaines de personnes cocher entre 10 et 12 cases du questionnaire.


“Le phénomène est généralisé, grave, mais les femmes restent dans le silence, et c’est normal : les tabous, l’inaction du gouvernement ou de la justice, l’accueil déplorable des femmes dans certains commissariats, notre honte intégrée et la méconnaissance de nos corps et de notre plaisir, ainsi que l’incompréhension de certains hommes nous poussent à nous taire. Mais il y a une autre raison. Notre culture, les rapports de dominations entre hommes et femmes et la pornographie mainstream de plus en plus violente et accessible engendrent une violence chronique chez les hommes dans leur vie intime. Beaucoup d’adolescentes se plaignent de la violence des rapports sexuels des débuts de leur vie sexuelle : cette violence vécue jeune bouleverse notre rapport au corps et à l’autre, et affecte notre confiance en société. Tant que ce problème de violence ne sera pas abordé, il est difficile d’espérer que les choses changent. Les femmes ont parlé ; aujourd’hui, c’est aux hommes de changer et de nous écouter.” - Lolita Augay, pour Madmoizelle



En quelques jours, plus de 1500 personnes se sont abonnées au compte @cochetescases, qui continue de publier des centaines de témoignages de femmes et d’hommes de tout âge qui décident de parler de leur vécu.


“La rapidité du mouvement montre que les femmes n’en peuvent plus, et que chaque occasion de dénoncer est bonne à prendre, puisque rien ne change. J’ai reçu des messages de mamans me disant qu’elles se battaient pour la même chose il y a 30 ans, et qu’on se battra toujours dans 20 ans. Cela montre aussi que la honte n’est toujours pas du côté des agresseurs. De nombreuses femmes, parfois âgées, me disaient que c’était la première fois qu’elles en parlaient ; d’autres avaient honte ; d’autres voyaient encore des psychologues ; d’autres étaient encore avec un conjoint violent…” - Lolita Augay, pour Madmoizelle


Les deux étudiantes ont également mis en ligne un questionnaire en version “j’ai déjà commis”, évidemment moins exploité mais qui permet à des personnes ayant causé du tort de s’exprimer et de faire face à l’ampleur et aux conséquences de leurs actes.



Rapidement, des centaines de grilles de réponses sont envoyées à @cochetescases, qui ne cesse de les partager. Les deux étudiantes se sont intéressées aux cases cochées en fonction de critères sociologiques comme l’orientation sexuelle, l’âge et le genre. Lolita Augay explique au média Madmoizelle que la communauté LGBTQIA+ coche autant de cases que les femmes hétérosexuelles, et que le compte Instagram reçoit de nombreux messages de personnes transgenres ou d’hommes homosexuels ou bisexuels.


Dans le même genre, Anna Toumazoff, Amal et Wendy, des influenceuses féministes ont créé le compte Instagram @toutenuedanslarue, pour lutter contre “le harcèlement de rue envers les personnes perçues comme femmes”. Au travers une “check-list du harcèlement sexiste”, elles donnent la parole à des milliers de personnes sur ce qu’elles ont vécu.


Pauline Gauer

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