Mais qui a détruit la kora de Ballaké Sissoko ?

Le 4 février dernier, le célèbre joueur malien de kora (harpe-luth à 21 cordes de la tradition mandingue) Ballaké Sissoko, a atterri à Paris après une tournée américaine. A son arrivée, surprise : son instrument, est retrouvé en plusieurs morceaux. Sissoko partage alors des photos de l’incident sur les réseaux sociaux, qui suscitent l’indignation des internautes.



Les responsables de la sécurité aérienne américaine de New York démentent alors leur implication dans l’affaire, et regrette les dégâts subis par l’instrument.


"Après un examen approfondi de la réclamation, il a été établi que la TSA n'avait pas ouvert l'étui parce qu'il n'a pas déclenché d'alarme lorsqu'il est passé à la détection d'éventuels explosifs."


Cependant, le musicien affirme le 9 février, auprès de l’AFP, que la compagnie aérienne est pour lui responsable de la destruction de sa kora. Devant assurer une série de concert en France à partir du 25 février, Ballaké Sissoko se retrouve sans son instrument. Une kora est un instrument traditionnel : s’il est démonté, il est considéré comme détruit et sans valeur.


« La destruction de sa kora est très grave. On peut en fabriquer une autre, mais c’est un instrument irremplaçable. La fabrication traditionnelle d’une kora doit suivre des rites », explique Lassana Cissé, directeur national du patrimoine culturel. Il rappelle l’importance culturelle de cet instrument.


« C’est un instrument de musique traditionnelle qui était essentiellement joué dans les cours royales dans l’empire mandingue. Il a pour fonction entre autres le renforcement de l’unité dans la cour royale et entre les hommes. On jouait de la kora pour encourager les guerriers également. C’est un instrument important dans notre culture. »


Ce n’est pas le seul à rappeler l’importance de cet instrument et de l’incident qui l’affecte. Suite aux mots de Ballaké Sissoko, le gouvernement malien déclare que la destruction de la kora du musicien est "un immense préjudice culturel". La ville de Bamako, par la voix de sa ministre de la Culture, N'Diaye Ramatoulaye Diallo, s'est alors engagée à faire tout son possible "pour obtenir réparation" et a envoyé son soutien à Sissoko.


« Si son caractère délibéré reste à établir, cet immense préjudice culturel nous interpelle et nous fera entreprendre tout ce qui est juridiquement et diplomatiquement possible pour obtenir réparation. Nous prenons l’engagement de tout mettre en œuvre pour que justice soit faite ».


Pourtant, dès le lendemain, le message du gouvernement est supprimé, puis démenti. Le Ministère de la Culture affirme que le communiqué relatif au soutien envers Sissoko ne provient pas du gouvernement. Surprenant.



L’équipe de Ballaké Sissoko est alors contactée par Jeune Afrique. Elle explique que suite à un échange téléphonique avec la ministre de la Culture N’Diaye Ramatoulaye Diallo au cours du week-end, cette dernière a exprimé sa solidarité au musicien, et affirme que le communiqué du gouvernement résume l’essentiel de leur conversation.


Corinne Serres, attachée de presse de Sissoko souhaite informer les médias et les internautes sur la suite des évènements.


« Il rentrera à Bamako cette semaine, notamment pour chercher une calebasse pour sa nouvelle kora. Et il est prévu lors de ce séjour une rencontre avec la ministre. Voilà où nous en étions restés ».


Depuis l’incident, une cagnotte en ligne a été ouverte en soutien au musicien, ce qu’il lui a été quelques peu reproché. Mais Ballaké Sissoko reste sur ses positions, et attend une confirmation de la TSA (Transport Security Administration) de leur implication dans l’incident.



Pauline Gauer

Photo de couverture : Fasto

1 vue
  • Twitter - Cercle blanc
  • Facebook - White Circle
  • YouTube - Cercle blanc
  • Instagram - Cercle blanc
  • Vimeo - Cercle blanc
  • LinkedIn - White Circle
  • SoundCloud - Cercle blanc