• Pauline Gauer

Rencontre avec Guillaume Garat, photographe poétique



Quand as-tu commencé la photo ?


J’ai commencé la photographie quand j’avais dix ans. mais c’était de la photo pour tuer l’ennui. Mes parents ne me faisaient pas forcément faire d’activités le week-end, c’était plutôt tranquille. Ma sœur ne voulait plus jouer avec moi parce qu’elle grandissait. Alors, j’avais besoin de me trouver une occupation, et j’ai trouvé un petit appareil photo. C’était un petit boîtier Canon, de mes parents, et j’ai commencé à faire des photos de mes animaux, et des fleurs, dehors.


C’était vraiment pour tuer l’ennui au début. Puis très vite, j’ai trouvé un moyen de m’exprimer, et ça a pris beaucoup d’ampleur. Je faisais de plus en plus de photos, tous les week-ends. Le plus possible.


Puis, je me suis dit “pourquoi ne pas les partager sur les réseaux”. J’ai commencé d’abord avec Skyblog. Je me rappelle, c’était un petit blog où je mettais mes photos. Puis très vite, Facebook est arrivé. C’était la mode des pages photos, des gens qui partageaient leurs photos. Donc, j’ai eu une page Facebook, puis j’ai migré sur Instagram parce que Facebook coupait toute la visibilité des pages de photographes. On devait payer des publicités pour atteindre le maximum de personnes, et j’avais ni l’argent ni l’envie de le faire.


Sur Instagram, ça a été une belle aventure, avec plein de rencontres. Je crois que c’était en 2014 ou 2015.


Et aujourd’hui, c’est quoi ton style ?


Mon style, il a beaucoup évolué depuis le tout début. Aujourd’hui, je me considère comme un photographe de mode. J’ai eu plusieurs phases. Je suis passé par le portrait, et aujourd’hui, j’essaie de tendre de plus en plus vers la mode, en oubliant un peu le portrait même si ça va ensemble. C’est vraiment ce que je veux faire.



Qu’est ce que tu veux défendre, partager à travers tes photos ?


C’est une question que je me pose beaucoup. Parce que n’ayant pas commencé en faisant des photos de mode, c’était beaucoup plus facile pour moi à l’époque, quand je faisais des autoportraits par exemple, de prôner des messages ou de faire passer des émotions qui étaient importantes. Et aujourd’hui, vu que je me tourne vers la photographie de mode, c’est un peu plus compliqué, j’ai l’impression, de défendre des choses ou de dénoncer des sujets qui sont importants.


En fait, ce que j’essaie de faire aujourd’hui, c’est quand même de créer un univers, dans mes shootings mode, qui me tient à cœur, qui me touche, qui m’inspire des souvenirs. Et cela, par des vêtements spéciaux, des lieux, des mises en scène. Et si je peux, et quand je peux, j’essaie d’allier ça avec un message à dénoncer, sur un shooting bien organisé, avec une équipe par exemple. J’essaie quand même au minimum de transmettre des émotions, souvent de la nostalgie, au spectateur.

Personnellement, et en tant que photographe, comment ça se passe le confinement ?


C’est vrai que le confinement, je le prends vraiment comme un moyen de me recentrer sur moi, et d’oublier la tonne d’image que l’on voit au quotidien, qui nous noie un peu. C’est vraiment un moyen pour moi de me concentrer sur ce que j’ai envie de faire, et aussi sur l’intellectuel. Par exemple, ça fait très longtemps que je n’avais pas fait d’autoportrait. C’était la première source de communication que j’avais trouvée quand j’avais commencé la photographie.


Et là, j’ai refait des autoportraits, depuis le début du confinement, deux ou trois fois. Et ça me permet vraiment de me reconnecter avec mes émotions, mon corps, et de me réapprécier en tant que personne. Tout ça fait vraiment beaucoup de bien. Pour l’instant, je le vis plutôt bien le confinement, et je trouve beaucoup d’inspiration à ce vide, ce manque d’activités extérieures.



Sinon, je compte faire des autoportraits de nu, toujours pour travailler le rapport à soi. Et aussi, peut-être des vidéos, pendant le confinement. Je sais pas du tout comment, parce que j’ai envie d’être à l’image dans les vidéos, et filmer aussi mes colocs, et le monde extérieur depuis ma fenêtre.



Tu as lancé une série d’interviews live sur ton compte Instagram, tu nous racontes un peu le projet ?


Cette idée de lives sur Instagram, elle est venue un matin du confinement. Je me posais beaucoup de questions sur l’art, et sur comment ça allait évoluer pendant cette période. C’est compliqué pour les artistes, les musées, les concerts. Je me suis levé et je me suis dit que cette situation qu’on vit là, d’être tous enfermés, c’est l’occasion aussi de rassembler beaucoup de monde.


Vu que tout le monde est sur les réseaux pendant cette période, et qu’il n’y a “presque que ça à faire” on pourrait croire, je me suis dit “pourquoi pas essayer de créer un nouveau contenu dont j’avais pas l’habitude, pour rassembler du monde autour de sujets importants que j’ai envie de défendre, de débats, de personnes qui ont un parcours qui inspire ou qui me touche particulièrement”. Je me suis dit “pourquoi pas lancer ça sur mon Instagram, une fois par semaine, faire des live, des échanges plus que des interviews. Échanger sur son parcours, sur les messages qu’elle a à défendre, et aussi répondre aux questions des spectateurs, d’avoir un échange avec le maximum de personnes. De base, c’est pour rassembler du monde, et se servir aussi de ce confinement pour réfléchir tous ensemble sur des sujets de société.


La première interview que j’ai faite, c’est celle d’une jeune fille qui s’appelle Mathilde. Elle a subi et subit encore aujourd’hui beaucoup de harcèlement et cyberharcèlement par rapport à son image, son corps, son poids. C’est de la grossophobie. Mais aussi du harcèlement sur ce qu’elle défend, notamment du body-positivisme. Pour moi, c’était vraiment important de parler de ça vu que ça rassemble énormément de sujets : le harcèlement, l’image du corps, la place de la femme dans la société actuelle. Beaucoup de sujets en un mais c’était vraiment important pour moi.


J’ai envie de recevoir tout type de personne. Mon but, c’est pas du tout d’être négatif, même si je parle de sujets graves. J’ai envie de finir mes interviews sur des notes positives. Par exemple, avec Mathilde, on a parlé des choses positives que lui avaient apporté ce “bad buzz” sur les réseaux sociaux. Du coup, j’ai envie d’avoir le maximum de personnes différentes. J’ai envie de parler d’écologie, de différents métiers, notamment pendant cette période de coronavirus les métiers médicaux, les caissiers. Les gens qui sont vraiment sur le “front” comme on appelle ça, vu que nous sommes en guerre d’après Macron. J’aimerais les interviewer sur comment ils le vivent. Ce sont des gens pour qui on prend la parole, mais on ne leur laisse pas. J’ai envie de les mettre eux en lumière.



Quelque chose à ajouter ?


Si je peux donner des conseils pour cette période, c’est vraiment de prendre le confinement comme une opportunité, une chance de se retrouver vraiment au calme, sereinement avec soi-même. Après, je sais que ce n’est pas pareil pour tout le monde. Malheureusement, on a pas tous la chance de pouvoir rester enfermés, il y en a qui doivent aller travailler.


Pour moi, c’est vraiment une chance de prendre du temps pour soi, dans une vie qui de base est hyper stressante, où on bouge tout le monde. On ne rend pas compte qu’on peut prendre ce temps pour nous.


Guillaume Garat, à retrouver sur Instagram ici.


Pauline Gauer

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